2007 - 2013

Itinéraires spirituels


La Peinture est l’essentiel.

Peindre est une exploration spirituelle.

L’essence de l’être est exposée sur quelques centimètres de chiffon ou de bois.

Le tableau est essentiel pour celui qui le regarde car il peut voir par lui, en lui.

La Peinture acte l’engagement. Celui qui fait et celui qui reçoit s’élèvent.

La Peinture est spirituelle, la faire c’est se coltiner le sale boulot de désembourbement de l’âme.

Fouiller, trier, chauffer, décanter, filtrer pour s’extraire.

Peindre c’est se singulariser.

Le tableau doit montrer l’Un.

Il y a beaucoup d’images peintes, mais la Peinture est Une.

Notre société fait le spectacle. Son imagerie est foisonnante, colorée, en relief, saturée de communication, de messages surmultipliés. Par médias toujours plus sophistiqués, elle véhicule des images à la vitesse de la lumière. Nous nous gavons de celles-ci.

La Peinture étant associée à l’image depuis toujours, nous devons nous méfier du spectaculaire dans la Peinture. Ainsi, le grand, le brillant, le cher, le narratif, le décoratif, le joli, le nouveau, doivent être analysés, soupesés avec discernement.

Le manque de sens, le plus sournois de tous ces attributs, est le plus difficile à détecter par le public, il est pourtant fort bien représenté dans l’art.

Le manque de sens trahit le faiseur, l’amateur, « l’épicier du dimanche ».

Il faut tenter le regard disponible.

Percevoir ce qu’il y a derrière le tableau. Les formes sont infinies, les sujets indiscutables mais il faut percer les couches, les strates de tous ces glacis qui font la chair du tableau incarnant l’âme et la poésie du peintre. Cette peau fragile, raffinée, soignée, cette tessiture que l’artiste doit travailler jusqu’à l’incandescence est re-visitée par l’autre.

Le spectaculaire est une barrière à l’intimité.

Le peintre doit se payer le luxe de proposer un chemin, un itinéraire silencieux pour chuchoter dans l’œil de l’autre le vacarme du monde.

L’image ayant tué l’image, le tableau peut retrouver son rideau car il est obscène. Il se découvrira alors à la demande du regardeur attentif  parce qu’il montre à voir l’intime, le caché de celui qui l’a fait.

Les encadrements sont de jolis trous de serrure. Le regardeur devient voyeur.

L’exposition devient vulgaire comme la magnifique comédienne Arletty, jamais commune.

La Peinture guette le public derrière son rideau.

L’individu seul la voit.           

Benoît Delescluse

Février 2012

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